Mise à jour : 30 août 2026
Après une perte périnatale, il peut arriver que deux personnes soient assises dans la même pièce, touchées par la même absence, mais incapables de se rejoindre dans ce qu’elles ressentent.
L’une voudrait parler. L’autre ne trouve pas les mots. L’une cherche de la proximité. L’autre a besoin de silence. Et chacun peut finir par croire, à tort, qu’il est seul à souffrir.
Après une perte périnatale, les parents ne vivent pas toujours le deuil de la même manière. Ces différences peuvent être déroutantes, parfois douloureuses, mais elles ne représentent en rien la réalité du ressenti intérieur. Comprendre que les vécus peuvent diverger est parfois une première manière de ne pas transformer la différence en distance.

Sommaire
Ce qu’il faut retenir
Une même perte, deux expériences qui ne sont pas identiques
Des rythmes et des besoins qui peuvent diverger
Pourquoi ces différences peuvent devenir douloureuses
Le silence, l’action et les larmes ne disent pas tout
L’intimité peut aussi être bouleversée
Nommer ce qui se passe, sans parler à la place de l’autre
Quand un soutien extérieur peut être utile
Papa Malgré Tout : une place pour le vécu des pères
Ce qu’il faut retenir
Après une fausse couche, une IMG ou plus généralement la perte d’un bébé, un couple peut vivre une même histoire sans la traverser de la même manière.
Les différences de rythme, de mots, de besoins ou de réactions ne prouvent pas que l’un souffre moins que l’autre. Elles peuvent cependant devenir douloureuses lorsque chacun se sent seul, incompris ou contraint de deviner ce que l’autre ressent.
Il n’est pas toujours possible de se rejoindre immédiatement. Mais reconnaître le décalage, sans transformer la différence en accusation, peut déjà préserver une place pour l’autre dans une période où tout paraît fragile.
Une même perte, deux expériences qui ne sont pas identiques
Une perte périnatale concerne les deux parents, mais chacun y arrive avec son histoire, son corps, ses repères, ses attentes et sa place dans la grossesse.
La maman qui a porté la grossesse a vécu directement les transformations du corps, les rendez-vous médicaux, les examens, les symptômes, l’accouchement, une intervention ou une hospitalisation. Après la perte, il peut également rester des conséquences physiques qui s’ajoutent à la douleur émotionnelle.
Le papa, lui, a vécu l’attente, les projets, les échanges autour du bébé, les examens, certaines décisions parfois douloureuses ou encore l’impuissance face à ce qui se passe. Il peut aussi vivre la perte d’une place de père ou de parent qui commençait à prendre forme.
Ces expériences sont liées, mais elles ne sont pas identiques.
Les reconnaître ne revient pas à établir une hiérarchie de la douleur. Il ne s’agit pas de déterminer qui souffre le plus. Il s’agit de comprendre que deux personnes peuvent être profondément touchées par la même perte, sans la ressentir ni l’exprimer de la même façon.
Une différence de vécu ne prouve pas une différence d’amour.
Des rythmes et des besoins qui peuvent diverger
Dans les jours, les semaines ou les mois qui suivent, les besoins peuvent changer d’une personne à l’autre.
L’un peut ressentir le besoin de parler souvent du bébé, de la grossesse ou de ce qui s’est passé. L’autre peut préférer le silence et avoir besoin de se concentrer sur les tâches du quotidien.
L’un peut chercher beaucoup d’informations, vouloir comprendre les causes médicales ou garder des traces de cette histoire, quand l’autre peut se sentir épuisé par les rendez-vous, ne plus vouloir entendre parler de médical ou avoir besoin de prendre de la distance avec certains souvenirs.
L’un peut chercher la proximité, les gestes de tendresse ou la présence du conjoint, quant ce dernier peut avoir besoin de solitude, de calme ou de temps pour retrouver un peu de stabilité.
Il peut aussi exister des différences autour d’une future grossesse, lorsque le sujet est abordé : l’un peut vouloir envisager rapidement la suite, dans l’espoir de retrouver un projet. L’autre au contraire, peut ressentir de la peur, de l’épuisement, de la colère ou le besoin d’attendre.
Aucune de ces réactions ne fixe définitivement la manière dont chacun vivra la perte. Les besoins peuvent évoluer, parfois très vite, parfois plus lentement, et ce qui semble impossible aujourd’hui peut évoluer avec le temps.
Pourquoi ces différences peuvent devenir douloureuses
Lorsqu’un couple ne parvient plus à comprendre ce que vit l’autre, les interprétations peuvent prendre beaucoup de place.
Le silence peut être compris comme un désintérêt, le besoin de travailler ou de s’occuper peut être perçu comme une fuite. Le besoin de parler peut être entendu comme une demande trop lourde, et parfois pire, le souhait d’évoquer une future grossesse peut être vécu comme une manière d’oublier l’enfant perdu.
Il peut alors devenir facile de penser :
- « Il ne parle pas, donc il ne souffre pas. »
- « Elle est plus touchée, donc je n’ai pas le droit d’exister dans ce deuil. »
- « Il veut reprendre le quotidien trop vite, donc il nie ce qui s’est passé. »
- « Elle ne veut plus parler de l’avenir, donc nous n’avancerons jamais. »
- « Nous ne réagissons pas pareil, donc nous nous éloignons. »
Ces pensées peuvent être très douloureuses, mais elles ne reflètent pourtant pas toujours la réalité du vécu de l’autre.
La fatigue, les soins, les décisions médicales, les démarches, l’absence de sommeil, la reprise du travail ou les réactions de l’entourage peuvent aussi rendre le dialogue plus fragile. Le couple ne traverse pas seulement une perte : il doit parfois continuer à fonctionner alors que ses deux membres sont épuisés ou désorientés.
Cela ne veut pas dire que les tensions sont inévitables, ni que le couple est condamné à s’éloigner. Mais cela peut expliquer pourquoi il devient difficile de se rejoindre, même lorsque l’attachement et l’amour sont toujours là.
Le silence, l’action et les larmes ne disent pas tout
Face à la perte, certaines personnes parlent beaucoup. Elles ont besoin de raconter, de revenir sur les événements, de poser des questions ou d’entendre le prénom du bébé, là où d’autres s’expriment moins. Ces dernières peuvent chercher à tenir par l’action : gérer les démarches, reprendre le travail, s’occuper des autres enfants, ranger, organiser, faire du sport ou se concentrer sur une tâche concrète. D’autres encore alternent entre ces deux mouvements : elles parlent un jour, se ferment le lendemain, puis ont besoin de proximité ou de solitude.
Aucune de ces réactions ne permet, à elle seule, de comprendre exactement ce que vit quelqu’un. Le silence peut cacher une douleur difficile à formuler. L’action peut être une manière de ne pas s’effondrer. Les larmes peuvent être nécessaires à une personne et impossibles à une autre, sans que leur absence ne signifie une absence de chagrin.
Chez certains pères, le poids de leur rôle de soutien peut aussi renforcer ce décalage. Ils peuvent chercher à protéger l’autre parent de leur peine, alors même qu’ils sont profondément atteints.
Pour mieux comprendre cette réalité, vous pouvez lire : Le deuil périnatal chez les hommes : pourquoi il est souvent invisible.
L’intimité peut aussi être bouleversée
Après une perte périnatale, l’intimité du couple peut changer. Cela concerne la sexualité, mais aussi les gestes de tendresse, le besoin de se rapprocher, la manière de dormir ensemble, de se toucher ou de se sentir en sécurité avec l’autre.
Certaines personnes recherchent davantage de proximité, quand d’autres peuvent se sentir coupées de leur corps, épuisées, anxieuses ou peu disponibles émotionnellement. La peur d’une nouvelle grossesse, les suites physiques de la grossesse ou des soins, la tristesse, la colère ou la culpabilité peuvent également influencer la relation intime.
Ces changements peuvent être temporaires ou durer plus longtemps. Mais ils ne signifient pas pour autant que l’amour ou le désir ont disparu : ils peuvent simplement indiquer que le couple traverse une période où le corps, la confiance et le sentiment de sécurité ont été profondément bousculés.
Le CHU Sainte-Justine, centre hospitalier de référence en périnatalité, souligne que certains gestes intimes peuvent temporairement raviver le souvenir du bébé perdu, et qu’une baisse du désir sexuel après une perte périnatale est une réaction courante, sans qu’elle traduise une disparition de l’amour ou du désir.
En aucun cas il n’existe de rythme à imposer : les besoins et les limites de chacun méritent (et doivent) être respectés. En cas de question médicale liée à la récupération physique après une fausse couche, une IMG ou un accouchement, l’équipe de soins qui a accompagné la grossesse reste l’interlocuteur le plus adapté.
Nommer ce qui se passe, sans parler à la place de l’autre
Lorsqu’une différence de vécu s’installe, il peut être tentant de supposer ce que l’autre ressent : « Tu ne comprends pas », « Tu n’en parles jamais », « Tu veux déjà oublier », « Tu ne veux plus être près de moi ». Ces phrases peuvent parfois exprimer une douleur réelle, mais elles risquent aussi de fermer la conversation avant qu’elle ait commencé, car en présupposant de ce que pense l’autre, il y a un risque de créer ou d’accentuer un décalage.
Ainsi que l’écrit Miguel Ruiz dans son livre Les Quatre Accords toltèques :
Ne faites pas de suppositions
Il n’est pas nécessaire de trouver les mots parfaits. Il peut simplement être utile de reconnaître qu’un décalage existe, sans le présenter comme une faute.
Par exemple :
- « J’ai l’impression que nous ne vivons pas cela de la même façon. »
- « J’aimerais comprendre ce dont tu as besoin en ce moment. »
- « Je ne trouve pas toujours les mots, mais je ne veux pas que tu penses que cela ne me touche pas. »
Ces phrases ne résolvent pas la perte, mais elles peuvent toutefois ouvrir une porte, lorsque le moment semble possible pour chacun. Si le dialogue semble trop difficile, trop chargé ou impossible à tenir à deux, un soutien extérieur peut offrir un cadre plus sécurisant : une thérapie individuelle ou de couple, un groupe de soutien sont des options possibles à envisager pour créer un point d’ancrage solide pour les deux conjoints.
Quand un soutien extérieur peut être utile
Il n’est pas nécessaire d’attendre que la relation soit en crise pour chercher du soutien : certaines personnes souhaitent simplement disposer d’un espace où leur douleur peut être entendue sans qu’elles aient à protéger l’autre parent.
Un appui extérieur peut devenir particulièrement utile lorsque :
- Le dialogue est devenu presque impossible.
- Chacun se sent seul dans le couple.
- Les conflits se répètent autour de la perte, du quotidien, de la sexualité ou d’une future grossesse.
- La reprise de la vie ordinaire semble insurmontable.
- L’un des deux traverse une détresse intense ou durable.
- Des idées suicidaires, des comportements dangereux ou des violences apparaissent.
Si vous êtes vous-même dans l’entourage d’un couple traversant cette épreuve, l’article Comment aider un homme après une fausse couche ou une IMG ? peut vous donner des pistes concrètes.
Selon la situation, il est possible de s’adresser au médecin traitant, à la maternité ou à l’équipe ayant suivi la grossesse, à une sage-femme, un psychologue, un psychiatre ou un professionnel qualifié dans l’accompagnement des couples.
Des associations de soutien au deuil périnatal peuvent également proposer de l’écoute, des ressources ou des groupes de parole. L’association SPAMA, par exemple, accompagne les parents confrontés à la fin de vie de leur tout-petit et au deuil périnatal, avec un soutien téléphonique, un forum de parents et des rencontres, en France comme en Belgique et au Luxembourg. Vous pouvez consulter ici l’annuaire des associations d’aide au deuil périnatal.
En cas de détresse importante, d’idées suicidaires ou de risque de passage à l’acte, contactez sans attendre les services compétents. En France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et confidentiel, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas de danger immédiat ou d’urgence médicale, appelez le 15 ou le 112.
Papa Malgré Tout : une place pour le vécu des pères
Après une perte périnatale, beaucoup d’hommes font l’effort de soutenir leur partenaire tout en gardant leur propre douleur à distance. Cette position peut rendre le dialogue dans le couple encore plus difficile, surtout lorsque chacun tente de protéger l’autre sans parvenir à dire ce qu’il traverse.
Papa Malgré Tout propose un programme en ligne destinés aux pères confrontés à une perte périnatale. Il ne s’agit pas d’une thérapie de couple, ni d’un substitut à un accompagnement médical, psychologique ou psychiatrique.
Le programme est pensé pour offrir aux hommes des clés de compréhensions claires pour mieux appréhender ce qu’ils traversent, ainsi que des outils concrets pour les aider à mieux vivre leur relation avec leur compagne durant cette période complexe et douloureuse.
Découvrir le programmeFAQ – Quand le couple ne vit pas le deuil périnatal de la même façon
Pourquoi le père et la mère ne vivent-ils pas le deuil périnatal de la même façon ?
Chacun arrive à cette perte avec une expérience différente : la personne qui a porté la grossesse a vécu les transformations physiques, les examens et parfois une hospitalisation, tandis que l’autre parent a souvent vécu l’attente, l’impuissance et un rôle de soutien. Ces vécus sont liés mais pas identiques, ce qui explique des réactions, des rythmes et des besoins différents sans que l’un souffre nécessairement moins que l’autre.
Est-ce normal que mon conjoint semble aller mieux avant moi après une fausse couche ?
Oui, c’est fréquent et cela ne signifie pas que l’autre a moins de chagrin ou qu’il a « oublié ». Les deuils ne se vivent pas au même rythme : certaines personnes expriment leur douleur par l’action ou le silence plutôt que par les mots, ce qui peut donner une fausse impression de résilience plus rapide.
Comment un couple peut-il se reconnecter après un deuil périnatal ?
Nommer le décalage sans l’interpréter comme une faute est souvent la première étape utile, par exemple en disant simplement que l’on ne vit pas la situation de la même façon et en demandant à l’autre ce dont il a besoin. Le CHU Sainte-Justine recommande aussi d’accueillir ses émotions même lorsqu’elles diffèrent de celles du partenaire, et de chercher du soutien auprès de proches ou de groupes d’entraide si le dialogue reste difficile.
La sexualité est-elle toujours affectée après une fausse couche ou une IMG ?
Pas systématiquement, mais c’est une réaction courante : anxiété, baisse du désir ou sentiment d’être coupé de son corps peuvent apparaître temporairement. Cela ne traduit pas une disparition de l’amour ou du désir, mais plutôt le temps nécessaire pour que le corps et la confiance retrouvent un sentiment de sécurité.
Quand faut-il consulter un professionnel en couple après un deuil périnatal ?
Il n’est pas nécessaire d’attendre une crise pour demander de l’aide. Un accompagnement extérieur devient particulièrement utile si le dialogue devient presque impossible, si chacun se sent seul dans le couple, ou si les tensions se répètent autour du quotidien, de la sexualité ou d’un projet de nouvelle grossesse.
Quelles associations peuvent aider un couple après une fausse couche ou une IMG ?
Des associations comme SPAMA proposent une écoute téléphonique, un forum de parents et des rencontres pour les personnes touchées par le deuil périnatal, en France, en Belgique et au Luxembourg. Le médecin traitant, une sage-femme ou un psychologue spécialisé en périnatalité peuvent également orienter vers un accompagnement adapté.