Le Deuil Périnatal chez les Hommes : Comprendre le Vécu des Pères

Souvent associé à la souffrance des mères, le deuil périnatal est une réalité qui impacte le couple dans son entièreté : la douleur des pères peut être tout aussi profonde que celle de leur partenaire.

Pourtant, leur peine reste parfois peu visible. Dans le regard des autres, ils sont souvent perçus avant tout comme le partenaire qui doit soutenir, organiser, répondre aux proches ou reprendre rapidement le cours de la vie. Leur propre attachement au bébé, leur place de père et ce qu’ils ressentent peuvent alors passer au second plan.

Il n’existe pas une manière unique de traverser une perte périnatale. Certains hommes ressentent une immense tristesse. D’autres éprouvent surtout de la colère, de l’injustice, de la culpabilité, un besoin d’agir ou, au contraire, un grand vide. Certains parlent facilement. D’autres se taisent, s’isolent ou ont du mal à mettre des mots sur ce qu’ils vivent.

Ces réactions ne permettent pas de mesurer l’importance de la perte, l’amour porté au bébé ou la légitimité du deuil.

La douleur d’un père ne dépend pas de la visibilité de ses émotions. Elle mérite elle aussi d’être reconnue.

Silhouette d'un homme seul face à l'océan, symbolisant le deuil périnatal vécu par les pères

Qu’appelle-t-on deuil périnatal ?

Le deuil périnatal désigne l’expérience vécue après la perte d’un bébé pendant la grossesse, à la naissance ou peu après.

Cette expression peut recouvrir différentes réalités :

  • Une fausse couche, précoce ou tardive
  • Une grossesse arrêtée
  • Une interruption médicale de grossesse, ou IMG
  • Une mort fœtale pendant la grossesse
  • Une perte à la naissance
  • Le décès d’un nouveau-né dans ses premiers jours ou semaines de vie

Les définitions médicales ou administratives emploient parfois des seuils précis. Mais pour les parents, le sens de la perte ne dépend pas seulement du terme de la grossesse, du temps passé avec le bébé ou du regard de l’entourage.

Une grossesse peut déjà avoir ouvert une place dans une famille, nourri des projets, modifié une relation ou fait naître une manière de se représenter comme père. Même lorsque la grossesse était récente, non connue de l’entourage ou peu visible, la perte peut être profondément vécue.

Le deuil périnatal peut concerner un homme qui a connu son bébé, un homme qui l’a vu à la naissance, un futur père ayant vécu une IMG avec sa partenaire, ou une personne qui n’a pas eu le temps de se sentir pleinement père. Il n’existe pas de hiérarchie légitime entre ces histoires.

Pourquoi la souffrance des hommes reste parfois invisible

Le rôle de soutien peut prendre toute la place

Après la perte, beaucoup d’hommes se concentrent d’abord sur leur partenaire. Celle-ci a pu vivre la grossesse dans son corps, recevoir des soins, traverser un accouchement, une intervention médicale ou des conséquences physiques importantes.

Le père peut alors penser qu’il doit rester solide, qu’il ne doit pas prendre de place ou qu’il doit attendre avant d’exprimer ce qu’il ressent. Il peut aussi craindre de fragiliser davantage sa partenaire en parlant de sa propre peine.

Le fait de soutenir l’autre n’efface pourtant pas ses besoins. Il est possible d’être présent pour sa partenaire tout en étant soi-même touché par la perte.

Le regard de l’entourage peut minimiser la perte

L’entourage peut parfois employer des paroles qui, même dites avec de bonnes intentions, rendent l’expérience plus difficile à partager :

  • « Vous pourrez en avoir un autre »
  • « C’était tôt »
  • « Au moins, vous ne l’avez pas connu »
  • « Il faut aller de l’avant »
  • « Pense à ta compagne, c’est elle qui a le plus souffert »

Ces phrases peuvent laisser entendre que la perte serait moins importante parce que la grossesse était récente, parce que le bébé n’a pas vécu longtemps, ou parce que le père ne l’a pas porté.

Or, un homme peut également vivre le deuil d’un bébé, d’un avenir imaginé, de projets commencés ou d’une place de père qui prenait forme.

Les émotions ne s’expriment pas toutes de la même manière

Les hommes ne vivent ni n’expriment tous le deuil de la même façon. Certains peuvent parler facilement de leur tristesse. D’autres peuvent davantage passer par l’action, le travail, l’organisation, le sport, le silence ou le besoin d’être seuls.

Une émotion peu visible ne veut pas dire qu’elle est absente. Elle peut correspondre à une manière de tenir, de se protéger ou de chercher temporairement un peu de contrôle dans une situation qui en a retiré beaucoup.

Votre manière de traverser cette période peut être différente de celle de votre partenaire. Cela ne signifie pas que vous êtes moins atteint ou moins attaché à votre bébé.

Pour mieux comprendre les mécanismes de cette invisibilité, vous pouvez lire Le deuil périnatal chez les hommes : pourquoi il est souvent invisible.

Quelles réactions peuvent apparaître ?

Il n’existe pas de liste définitive ni d’ordre obligatoire dans le deuil. Les réactions peuvent évoluer, revenir par vagues ou se manifester à des moments inattendus : une date prévue d’accouchement, l’annonce d’une grossesse dans l’entourage, une fête familiale, une naissance, un lieu, une chanson ou une date symbolique.

Après une perte périnatale, certaines personnes peuvent ressentir :

  • Une tristesse intense ou un sentiment de vide
  • De la colère, de l’injustice ou de l’incompréhension
  • De la culpabilité ou le sentiment de ne pas avoir pu protéger son bébé ou sa partenaire
  • Un besoin de se taire, de s’isoler ou de se réfugier dans l’action
  • Une irritabilité, une tension ou une fatigue inhabituelle
  • Des difficultés de sommeil, de concentration ou de mémoire
  • Une peur face à l’idée d’une future grossesse
  • L’impression que le quotidien, le couple ou la place de père ont changé

Ressentir certaines de ces choses ne fait pas de vous un mauvais partenaire ni un mauvais père. Cela peut indiquer que la perte vous touche profondément.

Lorsque la souffrance devient très intense, s’installe dans le temps ou empêche de vivre au quotidien, il peut être important de demander du soutien à un professionnel de santé ou à une structure adaptée.

Le deuil périnatal dans le couple

Une perte périnatale touche les deux membres d’un couple, mais elle ne se vit pas forcément de la même façon.

Votre partenaire a pu vivre la grossesse, les symptômes, les examens, les soins, l’accouchement ou une intervention médicale dans son corps. De votre côté, vous avez peut-être vécu l’attente, les projets, l’impuissance, le rôle de soutien, certaines décisions, les démarches ou la perte de votre place de futur père.

Ces expériences sont liées, sans être identiques.

L’un peut avoir besoin de parler de l’événement ; l’autre peut avoir besoin de silence, d’espace ou de temps. L’un peut souhaiter se projeter plus vite dans une nouvelle grossesse ; l’autre peut ressentir de la peur, de l’épuisement ou le besoin d’attendre.

Ces différences ne signifient pas automatiquement qu’il y a moins d’amour, moins d’attachement ou moins de souffrance d’un côté que de l’autre. Mais elles peuvent parfois créer de l’incompréhension ou de la solitude dans le couple.

Lorsqu’elles deviennent difficiles à vivre ou à comprendre, un espace de dialogue ou un soutien extérieur peut être utile.

Pour approfondir ce sujet, l’article Quand le couple ne vit pas le deuil périnatal de la même façon explore plus en détail ces décalages de vécu, y compris sur le plan de l’intimité.

Travail, proches et quotidien

Le retour à la vie ordinaire peut être difficile. Après quelques jours ou quelques semaines, les proches reprennent leurs habitudes, les collègues peuvent ne pas savoir quoi dire et les démarches administratives se terminent. Pourtant, la perte ne s’arrête pas parce que les autres ne la voient plus.

Le travail peut devenir un refuge pour certains, ou au contraire une source de difficulté supplémentaire. Le contact avec les proches peut être réconfortant ou épuisant. Les annonces de grossesse, les naissances et certaines dates peuvent réveiller la douleur.

Certaines personnes ont besoin de parler de ce qui s’est passé ; d’autres préfèrent préserver leur intimité. Il est légitime d’ajuster ce que vous partagez selon ce qui vous semble supportable à ce moment-là.

Si vous ne savez pas comment expliquer votre situation à votre entourage, vous pouvez aussi lui transmettre l’article Comment aider un homme après une fausse couche ou une IMG ?, qui donne des pistes concrètes à un proche qui souhaite vous soutenir sans savoir comment s’y prendre.

Chercher du soutien

Chercher du soutien ne signifie pas que vous échouez à soutenir votre partenaire ou votre famille. Cela peut au contraire permettre de ne pas porter seul une situation trop lourde.

Selon votre situation, vous pouvez vous tourner vers :

  • Une personne de confiance
  • Votre médecin traitant
  • L’équipe ou la maternité qui a suivi la grossesse
  • Une sage-femme
  • Un psychologue ou un psychiatre
  • Le médecin du travail, si la reprise professionnelle est difficile
  • Une association de parents endeuillés
  • Un groupe de parole
  • Un accompagnement de couple, lorsque la perte fragilise fortement la relation

Le choix d’un soutien dépend de votre situation, de ce que vous traversez et de ce que vous vous sentez prêt à partager. Les équipes médicales et sociales qui accompagnent la périnatalité peuvent orienter les parents et coparents vers des ressources adaptées, y compris après la perte.

Ressources et aides

Professionnels et structures de santé

Vous pouvez demander conseil ou une orientation auprès :

  • De votre médecin traitant
  • De la maternité ou de l’équipe ayant accompagné la grossesse
  • D’une sage-femme
  • D’un psychologue ou d’un psychiatre
  • De la PMI de votre secteur
  • Du médecin du travail

Associations de soutien en France

Des associations proposent des ressources, de l’écoute, des échanges entre parents ou des groupes de parole autour du deuil périnatal :

  • Naître et Vivre, pour le soutien aux familles touchées par la perte d’un tout-petit
  • SPAMA, association d’accompagnement et de soutien autour du deuil périnatal, avec ligne d’écoute et forum de parents
  • Agapa, pour l’écoute et l’accompagnement autour des grossesses interrompues et du deuil périnatal
  • Petite Émilie, association créée en 2003, notamment connue pour son soutien aux parents confrontés à une IMG
  • L’Enfant sans nom, qui propose des groupes d’entraide et de parole mensuels dans plusieurs villes de France pour les parents touchés par un deuil périnatal

Ces coordonnées sont vérifiées au moment de la mise à jour de cet article. Nous vous invitons à consulter directement les sites de ces associations pour connaître leurs modalités de contact les plus récentes. Vous pouvez également trouver une liste non exhaustive d’associations et d’antennes locales en vous rendant sur la page dédiée.

En cas de détresse ou d’urgence

Si vous vous sentez en danger, avez des idées suicidaires ou craignez de vous faire du mal, ne restez pas seul.

  • 3114 — Numéro national de prévention du suicide, gratuit, confidentiel, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 partout en France. Vous pouvez y joindre un professionnel spécifiquement formé à l’écoute et à l’orientation.
  • 15 — SAMU, en cas d’urgence médicale
  • 112 — Numéro d’urgence européen

Papa Malgré Tout : un espace privé

Papa Malgré Tout est un programme en ligne destinés aux hommes confrontés à une perte périnatale. Il constitue un espace privé pour ceux qui souhaitent prendre un temps pour eux et suivre un parcours structuré autour de leur propre expérience, sans pression.

Découvrir le programme

FAQ – Deuil Périnatal des Hommes : Pourquoi il est souvent Invisible

Est-ce normal de ressentir encore de la tristesse longtemps après une fausse couche ou la perte d’un bébé ?

Chaque deuil suit son propre rythme. Une perte ancienne peut rester présente et se réveiller à certains moments. La durée ne permet pas de mesurer la légitimité de ce que vous ressentez. Si cette souffrance vous empêche de vivre votre quotidien ou vous semble trop lourde, un professionnel ou une association peut vous aider à ne pas rester seul.

Je n’ai pas vu mon bébé ou la grossesse était très récente : puis-je quand même être en deuil ?

Oui. L’attachement ne dépend pas seulement du temps de grossesse, de la rencontre physique avec le bébé ou du regard des autres. Il est possible de vivre le deuil d’un bébé, d’un projet, d’un avenir ou d’une place de père qui commençait à exister.

Pourquoi est-ce difficile de parler de cette perte ?

Le choc, le manque de mots, la crainte de fragiliser sa partenaire, l’impression que les autres ne comprendront pas ou l’habitude de devoir tenir peuvent rendre la parole difficile. Cela ne veut pas dire que votre expérience est moins importante.

Dois-je vivre mon deuil de la même façon que ma partenaire ?

Non. Vos expériences peuvent être différentes sans que cela signifie que l’un souffre moins que l’autre. Ces différences peuvent demander du temps, de l’écoute ou, parfois, un soutien extérieur.

Quand consulter un professionnel ?

Vous pouvez demander de l’aide dès que vous en ressentez le besoin. Il est particulièrement important de consulter si votre souffrance est très intense, dure dans le temps, affecte fortement votre sommeil, votre travail, vos relations ou votre capacité à vivre au quotidien. En cas d’idées suicidaires ou de sentiment de danger, contactez immédiatement le 3114 ou les services d’urgence.