Mise à jour : 18 septembre 2026
Lorsqu’un homme traverse une fausse couche ou une interruption médicale de grossesse (IMG) avec l’autre parent, il peut être difficile de savoir comment être présent. Vous craignez peut-être de dire quelque chose de maladroit, de raviver la douleur ou de ne pas trouver les mots justes.
Cette inquiétude est compréhensible. Mais, dans beaucoup de cas, le silence complet peut être plus lourd qu’une phrase simple et sincère.
Vous n’avez pas besoin de réparer ce qui s’est passé, de même que vous n’avez pas besoin d’expliquer, de relativiser ou de trouver une réponse à la situation. Votre rôle n’est pas de faire disparaître la douleur : il peut simplement être de reconnaître la perte et de rester disponible, à la mesure de ce que le père souhaite partager.
L’essentiel : reconnaître la perte, ne pas présumer de ce qu’il ressent, proposer une présence concrète et rester disponible au-delà des premiers jours.

Sommaire
Pourquoi le soutien est important
Commencer par reconnaître ce qui s’est passé
Ne pas présumer de ce qu’il ressent
Être présent sans chercher à réparer
Proposer une aide concrète, sans vous imposer
Respecter les différences de vécu dans le couple
Rester présent après les premiers jours
Quand suggérer un soutien extérieur
Ce qu’il faut retenir
Papa Malgré Tout : rendre le soutien plus possible
Pourquoi le soutien est important
Ainsi que l’a analysé un collectif de chercheuse dans une revue systématique portant sur un ensemble d’études en lien avec le deuil périnatal des hommes (Le deuil masculin suite à une fausse couche ou à un décès néonatal : revue systématique et modèle théorique émergent), le soutien des proches, famille et/ou amis, est un atout significatif dans la facilitation du deuil chez les hommes.
Le soutien, qu’il soit immédiat après l’annonce, ou plus discret mais bien réel durant la période de deuil, offre à un homme de multiples possibilités : celle de s’exprimer sur ce qu’il ressent, de « poser » physiquement ou encore tout simplement de se sentir moins seul.
Commencer par reconnaître ce qui s’est passé
La première aide consiste simplement à ne pas faire comme si rien ne s’était passé.
Après une fausse couche ou une IMG, certaines personnes ne savent pas quel mot employer. Elles craignent de parler du bébé, de la grossesse ou de la perte. Pourtant, éviter complètement le sujet peut donner à l’homme concerné l’impression que son expérience n’a pas de place, ou pire : qu’elle est niée.
Vous pouvez employer des mots simples, sans chercher à tout expliquer :
- « Je suis désolé(e) pour ce que vous traversez. »
- « Je pense à toi. »
- « Je sais que cette perte compte. »
- « Je suis là si tu veux parler, ou simplement si tu n’as pas envie d’être seul. »
- « Je ne sais pas quoi dire, mais je voulais que tu saches que je pense à vous. »
Si les parents ont choisi un prénom ou utilisent certains mots pour parler de leur bébé, suivez leur manière de le nommer. Cela montre que vous respectez leur histoire, sans leur imposer votre propre façon de la comprendre.
Dans le deuil, il n’existe pas de phrase parfaite. Mais reconnaître ce qui s’est passé est souvent plus juste que de chercher à changer rapidement de sujet.
Ne pas présumer de ce qu’il ressent
En apparence, un homme peut sembler calme, occupé, distant ou concentré sur les aspects pratiques. Il peut aussi être triste, en colère, fatigué, inquiet ou avoir besoin d’en parler.
Aucune de ces réactions ne permet de mesurer l’importance de la perte pour lui.
Cette réalité est aujourd’hui documentée : selon le psychiatre Stéphane Clerget, environ 20% des hommes présenteraient une souffrance significative après une fausse couche, bien qu’ils l’expriment souvent moins que leur partenaire.
Il est tentant de penser : « Il a l’air de gérer » ou « Il est fort ». Mais certaines personnes mettent du temps avant de pouvoir dire ce qu’elles ressentent. D’autres préfèrent parler peu, sans que cela signifie que la perte les touche moins. Et certains hommes sont très doués pour dissimuler la réalité de leurs émotions.
Plutôt que d’interpréter, vous pouvez ouvrir une porte sans obliger la personne à la franchir :
- « Comment tu te sens aujourd’hui ? »
- « Est-ce que tu as envie d’en parler, ou pas maintenant ? »
- « Je pense à toi depuis ce qui s’est passé. »
- « Est-ce qu’il y a quelque chose qui pourrait te soulager un peu aujourd’hui ? »
- « Si tu préfères ne pas en parler, je respecte aussi cela. »
L’important est de laisser à la personne le choix. Elle peut avoir besoin de parler maintenant, plus tard, ou simplement de savoir qu’elle n’a pas été oubliée.
Les ressources consacrées au deuil périnatal rappellent que les parents peuvent réagir de façons différentes et à des rythmes différents. Une présence attentive doit s’adapter à ce rythme plutôt que chercher à l’accélérer.
Si vous souhaitez mieux appréhender cette réalité, vous pouvez lire : Le deuil périnatal chez les hommes : pourquoi il est souvent invisible.
Être présent sans chercher à réparer
Face à une personne en souffrance, on a souvent l’envie de la soulager de sa peine. Et c’est souvent dans ces cas-là que l’on dit des phrases comme :
- « Vous pourrez en avoir un autre. »
- « C’était tôt. »
- « Au moins, vous avez déjà un enfant. »
- « Tout arrive pour une raison. »
- « Il faut être fort pour ta partenaire. »
- « Il faut tourner la page. »
Ces mots sont généralement prononcés avec une bonne intention. Pourtant, ils peuvent être reçus comme une minimisation de la perte, une manière de fermer la conversation ou une injonction à aller mieux trop vite.
Une future grossesse, lorsqu’elle est possible et souhaitée, ne remplace pas le bébé perdu. Le terme de la grossesse ne permet pas non plus de décider de l’importance de l’attachement ou du chagrin.
Rassurez-vous : si vous avez dit quelque chose de maladroit, il n’est pas trop tard. Vous pouvez revenir vers la personne avec simplicité, et lui exprimer vos regrets :
« Je repense à ce que je t’ai dit. Je crois que j’ai voulu trouver une solution trop vite. Je suis désolé(e). Je voulais surtout te dire que je pense à toi et que je suis là. »
Cette honnêteté vaut davantage qu’un silence prolongé par peur de mal faire.
Un père ayant vécu plusieurs fausses couches témoignait ainsi : ne pas chercher à réparer, mais simplement être là – une formule qui résume bien la posture attendue de l’entourage.
Les conseils destinés aux proches après une perte insistent sur l’importance de l’écoute : laisser la personne parler si elle le souhaite, sans chercher à résoudre, à consoler immédiatement ou à faire disparaître ce qu’elle ressent.
Proposer une aide concrète, sans vous imposer
Après une fausse couche ou une IMG, les gestes ordinaires peuvent demander beaucoup d’énergie : répondre aux messages, préparer les repas, faire les courses, gérer les enfants déjà présents, se rendre à des rendez-vous, reprendre le travail ou simplement sortir de chez soi.
Plutôt que de dire seulement « appelle-moi si tu as besoin », vous pouvez proposer une aide précise, en laissant une vraie possibilité de refuser :
- « Je peux déposer un repas devant chez vous ce soir. Est-ce que cela vous aiderait ? »
- « Je vais faire des courses demain. Voulez-vous que je prenne quelque chose pour vous ? »
- « Je peux garder les enfants une heure ou deux si vous en avez besoin. »
- « Je peux m’occuper de prévenir certaines personnes, seulement si vous le souhaitez. »
- « Je suis disponible pour passer vous voir, marcher un peu ou simplement rester avec vous. »
L’objectif n’est pas de prendre le contrôle ni de décider à leur place. Il est de réduire, si possible, une petite part de la charge du quotidien. Et le quotidien peut effectivement s’avérer très lourd à gérer lorsque l’on vit un deuil périnatal.
Certaines personnes auront besoin d’aide pratique. D’autres préféreront de l’espace. Dans les deux cas, une proposition précise et respectueuse peut leur montrer qu’elles ne sont pas seules.
Respecter les différences de vécu dans le couple
Après une perte de grossesse ou une IMG, les deux membres du couple peuvent être profondément touchés sans exprimer leur douleur de la même manière.
La personne qui a porté la grossesse peut traverser des conséquences physiques, médicales et émotionnelles importantes. Le père ou partenaire peut, lui aussi, ressentir une perte profonde, de l’impuissance, de la culpabilité ou l’impression de devoir tenir pour tout le monde.
Évitez de comparer leurs douleurs ou de désigner celui qui souffrirait « le plus ». Évitez également de vous adresser exclusivement à l’un des deux.
Si vous êtes proche du couple, vous pouvez offrir votre présence à chacun sans attendre qu’ils réagissent, parlent ou aient besoin de la même chose au même moment.
Soutenir la mère ne signifie pas oublier le père. Soutenir le père ne signifie pas minimiser ce que la mère traverse.
Les ressources destinées aux pères et partenaires après une perte de bébé soulignent d’ailleurs que les réactions peuvent différer au sein du couple et qu’il est utile de reconnaître ces vécus sans les opposer.
À lire pour aller plus loin : Quand le couple ne vit pas le deuil périnatal de la même façon.
Rester présent après les premiers jours
Les premiers messages arrivent souvent rapidement. Puis le quotidien reprend pour l’entourage, alors que la perte continue d’exister pour les parents.
Un homme peut avoir besoin de soutien longtemps après l’annonce. Certains moments peuvent être particulièrement difficiles : une date prévue d’accouchement, un anniversaire, une fête familiale, l’annonce d’une grossesse, une naissance dans l’entourage ou un rendez-vous médical.
Vous n’avez pas besoin de savoir à l’avance quels jours seront difficiles. Reprendre contact avec simplicité peut suffire :
- « Je pense à toi. Tu n’as pas besoin de répondre. »
- « Je voulais prendre de tes nouvelles. »
- « Je suis disponible cette semaine si tu souhaites qu’on se voie. »
- « Tu peux m’appeler si tu veux. »
Ne vous éloignez pas parce que vous avez peur de rappeler la perte. Elle existe déjà dans la vie de la personne concernée. Un message respectueux ne crée pas sa douleur ; il peut simplement lui rappeler qu’elle n’est pas seule avec elle.
Les recommandations générales de soutien au deuil insistent sur l’importance de maintenir le lien au-delà de l’annonce initiale, sans attendre que la personne endeuillée ait toujours l’énergie de solliciter son entourage.
Quand suggérer un soutien extérieur
Vous ne pouvez pas porter seul la douleur de quelqu’un. Il peut être utile de suggérer un soutien extérieur lorsque la personne semble très isolée, lorsque la souffrance envahit durablement son quotidien, ou lorsqu’elle rencontre de grandes difficultés dans son sommeil, son travail, ses relations ou sa capacité à faire face.
Selon la situation, elle peut se tourner vers :
- Son médecin traitant.
- La maternité ou l’équipe qui a accompagné la grossesse.
- Une sage-femme.
- Un psychologue ou un psychiatre.
- Le médecin du travail si la reprise professionnelle est difficile.
- Une association de soutien au deuil périnatal, comme l’association Agapa, qui propose écoute individuelle, cafés-rencontres et groupes de parole.
Proposer une orientation n’est pas dire à quelqu’un qu’il « gère mal ». C’est reconnaître qu’une perte périnatale peut être trop lourde à porter seul.
En cas de détresse importante, d’idées suicidaires ou de risque de passage à l’acte, contactez sans attendre les services compétents. En France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et confidentiel, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas de danger immédiat ou d’urgence médicale, appelez le 15 ou le 112.
Ce qu’il faut retenir
Aider un homme après une fausse couche ou une IMG ne demande pas de trouver les mots parfaits.
Cela peut commencer par des choses simples :
- Reconnaître la perte au lieu de l’éviter.
- Ne pas mesurer sa douleur à ce qu’il montre.
- Écouter sans chercher à réparer.
- Proposer une aide concrète, sans l’imposer.
- Respecter les différences de vécu dans le couple.
- Reprendre contact après les premiers jours.
- Suggérer un soutien extérieur si la situation semble trop lourde.
Votre présence ne supprimera pas la douleur. Mais elle peut éviter qu’un homme ait le sentiment de devoir la traverser entièrement seul.
Papa Malgré Tout : rendre le soutien plus possible
Il peut être difficile, pour un homme touché par une perte périnatale, d’expliquer à son entourage ce qu’il ressent ou ce dont il a besoin. Si vous lisez cet article pour soutenir un proche, vous pouvez le lui transmettre. Il peut aussi vous aider à ouvrir une conversation, sans demander à cette personne de trouver elle-même les mots.
Certains hommes préfèrent cependant gérer par eux-mêmes, et ont du mal à s’ouvrir. C’est aussi pour eux que Papa Malgré Tout existe.
Papa Malgré Tout propose des ressources et un programme en ligne pour les hommes et les pères confrontés à une perte périnatale. Il constitue un espace privé, pour ceux qui souhaitent prendre un temps pour eux dans un cadre structuré, sans pression du monde extérieur.
Découvrir le programmeFAQ – Aider un homme après une fausse couche ou une IMG ?
Que dire à un homme après une fausse couche ou une IMG ?
Il n’existe pas de phrase parfaite, mais reconnaître la perte plutôt que l’éviter est presque toujours mieux reçu qu’un silence prolongé. Des phrases simples comme « je suis désolé(e) pour ce que vous traversez » ou « je pense à toi » suffisent souvent. Évitez les formules qui minimisent la perte ou proposent une solution trop rapide, comme « vous pourrez en avoir un autre ».
Combien de temps dure le deuil d’un père après une fausse couche ?
Il n’y a pas de délai type : certains hommes ont besoin de soutien immédiat, d’autres ressentent le contrecoup plusieurs semaines ou mois plus tard, parfois à l’occasion d’une date symbolique (terme prévu, anniversaire, nouvelle grossesse dans l’entourage). Le deuil périnatal ne suit pas un calendrier fixe et peut resurgir bien après les premiers jours.
Les hommes souffrent-ils vraiment après une fausse couche ?
Oui. Environ 20% des hommes présenteraient une souffrance significative après une fausse couche, une réalité clinique de plus en plus documentée mais encore peu visible, car les hommes expriment souvent moins leur douleur que leur partenaire.
Comment savoir si un homme a besoin d’aide après une IMG ?
Un homme qui semble « gérer » ou rester concentré sur les aspects pratiques ne souffre pas forcément moins qu’un autre. Les signaux à surveiller sont plutôt un isolement croissant, des troubles du sommeil persistants, des difficultés au travail ou dans le couple, ou une souffrance qui envahit durablement le quotidien plusieurs semaines après l’événement.
Faut-il consulter un professionnel après une fausse couche ou une IMG ?
Ce n’est pas systématique, mais c’est utile si la personne semble très isolée ou submergée durablement. Elle peut se tourner vers son médecin traitant, une sage-femme, un psychologue, ou une association spécialisée comme Agapa, qui propose écoute individuelle, cafés-rencontres et groupes de parole.
Que faire si on a dit quelque chose de maladroit ?
Revenir vers la personne reste préférable à s’éloigner par gêne. Une phrase simple comme « je repense à ce que je t’ai dit, je crois que j’ai voulu trouver une solution trop vite, je suis désolé(e) » répare généralement mieux la relation qu’un silence prolongé.